Design Thinking ou le malentendu du “tous designers” – Et si vous partiez du bon pied, avec la bonne approche ?

Design Thinking ou le malentendu du “tous designers” – Et si vous partiez du bon pied, avec la bonne approche ?

Design Thinking ou le malentendu du “tous designers” – Et si vous partiez du bon pied, avec la bonne approche ? 1000 718 Use Design

Avez-vous déjà essayé l’approche du Design Thinking dans vos projets professionnels ? Avez-vous déjà tenté de revoir votre manière d’aborder la conception de vos produits et services ? Vouliez-vous changer la façon de penser de vos équipes pour provoquer l’innovation ?

Et le résultat a été mitigé ? c’est probablement pour une raison simple : 

 Ce sont les contextes humains, business et technologiques qui devraient déterminer quelle est la meilleure approche à suivre et non l’application d’une recette ou encore la préférence d’une personne pour une approche X : cela est vrai que ce soit pour le design thinking, le design sprint, ou encore le design fiction. C’est pourquoi il est essentiel de connaître les forces et faiblesses de diverses méthodologies. Il est aussi nécessaire de s’efforcer d’en maîtriser plusieurs, faute de quoi on s’expose au risque du “marteau doré” de Maslow.


© illustration – Lucie Ravard

“Il est tentant, si vous possédez un bon marteau de traiter tous les problèmes comme s’ils étaient des clous” – Le marteau doré de Maslow

Aussi j’aimerais tordre le cou à une idée fausse à propos du design thinking, qui s’est répandue ces dernières années : 

La pratique du design thinking ferait de ses adeptes, des designers.  🤔

En réalité, ce qu’affirme entre autre le design thinking c’est que la créativité n’est pas l’apanage des designers.

Je m’explique, d’abord le design thinking décrit un état d’esprit qui se traduit par une approche *créative* pour résoudre les problèmes de manière collaborative (approche qui était d’ailleurs parfois déjà initiée dans d’autres domaines d’activité : l’artisanat, l’ingénierie…). Il s’agit d’aider, encourager et accompagner les partie-prenantes à être créatives et surtout à développer leur confiance créative. 

Cette dernière nuance est capitale. Elle n’encourage pas les personnes à devenir des designers, mais à adopter un mode de pensée similaire et de faire éclore la créativité enfouie. Il incite donc chacun à passer d’un état d’esprit affirmatif à un état d’esprit de remise en question (Pourquoi c’est comme ça ? Comment pourrait-on …?)

Pour ce faire, il est nécessaire que chacun envisage son domaine d’expertise de manière créative, le fameux “think out of the box”. Le Design Thinking vise donc à rassembler des personnes aux profils et aux domaines d’expertises différents afin d’aborder des sujets complexes en interrogeant le statu quo des réponses actuelles. 

On partage mais, chacun reste “propriétaire” de son expertise. 

Prenons l’exemple d’un designer qui doit concevoir une application de gestion de mission pour les pilotes de ligne – cela serait vrai aussi pour la conception d’un écosystème éducatif pour les jeunes enfants, ou le suivi des patients après une opération.

Au cours de son travail, le designer va monter en compétence sur le métier de pilote. Il va progressivement acquérir son vocabulaire métier, découvrir et révéler aux parties prenantes les enjeux, les contraintes et les motivations des pilotes. Il va exposer les workflows du métier selon des modèles simplifiés et simplifiant. Enfin, il va interroger des éléments qui lui paraissent curieux vus de l’extérieur ou relativement à ses expériences dans d’autres domaines. 

Mais il ne sera pas devenu pilote pour autant, car cela nécessite une formation, une mise en application réelle de cette formation et donc de l’expérience – du temps.  En revanche, il aura fait un pas vers le métier, et pourra, dans une certaine mesure, se mettre à la place d’un pilote, le comprendre et collaborer avec lui, pour concevoir de façon plus propice et efficace.

De la même façon, lorsque les pilotes participeront à des ateliers de co-création, ils seront peut-être invités à réfléchir à de nouvelles fonctionnalités, parfois même ils seront encouragés à dessiner ou prototyper leurs idées. De ce fait, ils vont découvrir les outils et les méthodes du designer. Il seront capable de regarder avec un oeil neuf certains éléments qu’ils n’auraient jamais questionnés avant. 

Mais ils n’en seront pas devenus des designers pour autant. Cela nécessite aussi une formation, une mise en application répétée dans le temps, sur différents projets et domaines. 

Néanmoins, lors d’échanges réellement collaboratifs, la magie opère : les pilotes réalisent qu’ils pourraient réaliser une tâche métier autrement ; les designers réalisent que cette idée d’interaction proposée par un pilote pourrait être très intéressante à tester.

Pour que cela fonctionne, le partage des responsabilités doit être clair entre les parties. A la fin, les garants du métier de pilote sont les pilotes, et les garants du design sont les designers. Tout cela est possible lorsqu’un respect et une confiance mutuels s’installent.

En conclusion, si vous n’avez pas obtenu le résultat escompté la première fois, commencez par vous débarrassez de l’idée d’échec et voyez-le comme un source de progression. Posez-vous la question : ne s’agit-il pas simplement de recalibrer le rôle de chacun dans l’équipe ? Ou ne faut-il pas modifier ou changer d’approche afin de mieux prendre en compte le contexte de votre projet ?


Vivien Gauthier —  Associé, Business & Design Strategist @ Use Design, une agence de design à Paris qui donne vie à des stratégies, des produits digitaux et des services innovants.

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