Un code éthique du designer

Traduction non officielle de l'article original "A Designer’s Code of Ethics" by Mike Monteiro

Un code éthique du designer

Un code éthique du designer 2000 841 Use Design

Nous avons souhaité faire une simple traduction (non officielle) de l’article de Mike Monteiro “A Designer’s Code of Ethics” sorti en 2017 mais toujours d’actualité. C’est volontairement que nous n’avons pas apporté nos commentaires ou réflexions autour de cet article. L’idée étant de partager avec un maximum d’entre vous ce qui nous semble être une référence en matière d’éthique dans le design.

Nous espérons avoir gardé le sens des propos de l’auteur qui nous font sans aucun doute réfléchir à notre manière de penser, d’agir, de faire et leurs conséquences dans le design, mais pas seulement !

Bonne lecture 🤓



Un designer est avant tout un être humain

Avant d’être designer, vous êtes un être humain. Comme tout être humain sur la planète, vous faites partie du contrat social. Nous partageons une planète et en choisissant d’être designer, vous choisissez d’influencer les personnes qui entrent en contact avec votre travail. Par vos actions, vous pouvez les aider ou leur nuire (ou leur faire du tort).Votre impact sur la construction de la société devrait toujours être pris en considération dans votre travail. Chaque être humain vivant sur la Terre a l’obligation de faire de son mieux pour la laisser en meilleur état qu’avant son passage. Les designers ne peuvent pas s’en affranchir.

Quand vous faites un travail dont la réussite dépend de la disparité de salaires ou encore de la distinction des classes, vous vouez votre travail à l‘échec en tant que citoyen, et par conséquent comme designer. 

Un designer est responsable du travail qu’il produit

Le design est une discipline d’action. Vous êtes responsable de votre travail. Il porte votre nom. Et bien qu’il soit certainement impossible de prédire comment votre travail peut être utilisé, il ne devrait pas être surprenant de constater qu’il atteint son objectif même s’il est nuisible. Nous ne pouvons pas être surpris quand une arme que nous avons conçue tue quelqu’un.
Nous ne pouvons pas être surpris quand une base de données que nous avons conçue pour répertorier les immigrés sans papier sert à les expulser. Lorsque nous produisons en connaissance de cause un travail destiné à nuire, nous renonçons à notre responsabilité. Lorsque, par ignorance, nous produisons un travail qui nuit aux autres parce que nous n’avons pas tenu compte de tous ses paramètres, nous sommes doublement coupables.

Vos travaux sont votre héritage. Ils vous survivront. Et parleront pour vous.

Un designer valorise l’impact plutôt que la forme

Nous devons davantage craindre les conséquences de notre travail qu’aimer l’intelligence de nos idées.

Le design n’existe pas en vase clos. La société est le plus gros système sur lequel nous pouvons avoir un impact, qu’il soit  positif ou négatif. A terme, nous devons juger la valeur de notre travail en fonction de cet impact, plutôt qu’en fonction de considérations esthétiques. Un objet destiné à blesser les  gens ne peut être considéré comme étant bien conçu, aussi esthétique soit il, car le concevoir correctement consiste à concevoir un produit nuisible pour les autres. Tout ce qui a été fabriqué ou inventé par un régime totalitaire ne peut pas être, par définition, bien conçu puisqu’il l’a été par un régime totalitaire.

Par exemple, un pistolet cassé est mieux conçu qu’un pistolet en état de marche.

Non-Violence, Carl Fredrik Reuterswärd, 1985

Un designer a le devoir de concevoir mais aussi un devoir de conseil auprès de ses clients 

Lorsque vous êtes embauché pour concevoir quelque chose, vous êtes embauché pour votre expertise. Votre travail ne revient pas seulement à produire ce travail, mais également à évaluer son impact. Il consiste à relayer l’impact de ce dernier sur votre client ou votre employeur. Et si cet impact est négatif, vous vous devez de transmettre l’information à votre client et lui permettre, si possible, d’éliminer son impact négatif. Par conséquent, si cela est impossible, il est de votre devoir de l’empêcher de voir le jour.
En d’autres termes, vous n’êtes pas embauché seulement pour creuser un fossé, mais pour évaluer l’impact économique, sociologique et écologique de ce fossé. Si les tests ne sont pas concluants, il est de votre devoir de détruire les pelles. 

Un designer utilise son expertise au service des autres sans en être un serviteur. Dire non est une compétence de Designer. Remettre en question est une compétence de Designer. Détourner le regard n’en est pas une.
Se demander pourquoi on fait quelque chose est une question infiniment plus constructive que de se demander si on est dans la capacité de le faire.

Un designer accepte les critiques

Aucun code éthique ne doit protéger votre travail des critiques, que ce soit de la part de clients, du public ou d’autres concepteurs. Au lieu de cela, vous devriez encourager les critiques afin de créer un meilleur travail dans le futur. Si votre travail est fragile au point qu’il ne résiste pas aux critiques, c’est qu’il ne devrait pas exister. Le temps de remise en question de votre travail doit être fait en amont du déploiement de votre travail.  Et soyez ouvert à la remise en question peu importe d’où elle provient.

Le rôle de la critique, lorsqu’elle est donnée de façon convenable, consiste à évaluer et à améliorer le travail. La critique est un cadeau. Cela rend le travail meilleur et empêche le mauvais design de voir le jour.

Les critiques doivent être sollicitées et accueillies à chaque étape du processus de conception. Vous ne pouvez pas modifier un gâteau une fois qu’il est cuit. Cependant, vous pouvez augmenter les chances de réussite de votre projet en obtenant des commentaires rapidement et souvent. C’est à vous d’aller chercher la critique.

Un designer s’efforce de connaître son public

Le design est la solution intentionnelle à un problème dans un ensemble de contraintes. Pour savoir si vous résolvez correctement ces problèmes, vous devez rencontrer les personnes concernées par ces derniers. Et si vous faites partie d’une équipe, votre équipe doit s’efforcer de refléter ces personnes. Plus une équipe peut être le reflet du public visé, plus elle peut résoudre ses problèmes de manière approfondie. Cette équipe peut aborder un problème à travers différents points de vue, différents contextes, différents ensembles de besoins et d’expériences. Une équipe avec un point de vue unique ne comprendra jamais les contraintes pour lesquelles elle doit concevoir au contraire d’une équipe avec plusieurs points de vue.

Qu’en est-il de l’empathie ? L’empathie est un joli mot pour l’exclusion. Si vous voulez savoir comment les femmes utiliseraient quelque chose que vous concevez,  incluez une femme dans l’équipe qui s’occupe du design.

Un designer ne croit pas aux cas extrêmes

Lorsque vous décidez pour qui vous concevez, vous déclarez implicitement de ne pas concevoir pour certaines personnes. Pendant des années, nous avons défini les personnes qui n’étaient pas essentielles au succès de nos produits comme étant des “cas extrêmes”. Nous marginalisions les gens et nous avions décidé qu’il y avait des gens dans le monde dont les problèmes ne valaient pas la peine d’être résolus.

Facebook prétend avoir aujourd’hui deux milliards d’utilisateurs. 1% des 2 milliards de personnes, ce que la plupart des produits considèreraient comme un cas extrême, représente 20 millions de personnes. Ce sont les marginaux.

“Lorsqu’on appelle quelque chose un cas extrême, en réalité on définit les limites de ce qui nous importe.” — Eric Meyer

Ce sont les personnes transgenres qui sont mises en marge des projets. Ce sont les mères célibataires qui sont contraintes de signer des documents administratifs indiquant que « les deux parents doivent signer ». Ce sont les immigrés âgés qui se présentent pour voter et ne peuvent pas obtenir de bulletins de vote dans leur langue maternelle.

Ce ne sont pas des cas extrêmes. Ce sont des êtres humains et nous leur devons le meilleur de notre travail.

This is Dottie Lux. She fights Facebook to help trans people and drag queens get the username they want.

Un designer fait partie d’une communauté professionnelle

Vous faites partie d’une communauté professionnelle et la façon dont vous faites votre travail et dont vous vous gérez professionnellement affecte tout le monde au sein de cette communauté. Tout comme une marée montante affecte tous les bateaux et faire ses besoins dans une piscine affecte tous les nageurs. Si vous êtes malhonnête avec un client ou un employeur, le designer qui prendra votre relève en paiera le prix. Si vous travaillez gratuitement, il sera attendu du designer suivant de faire de même. Si vous n’arrivez pas à faire du bon travail, le designer qui arrivera après vous devra redoubler d’efforts pour rattraper votre travail.

Bien qu’un designer ait l’obligation éthique de gagner sa vie au meilleur de ses capacités et de ses opportunités, le faire aux dépens d’autres personnes qui partagent son métier n’est pas un service rendu à la communauté. Ne jetez jamais un autre designer sous le bus pour faire avancer votre propre agenda. Cela inclut la refonte, connue du public,  du travail de quelqu’un d’autre, le travail spéculatif, le travail non sollicité et le plagiat.

Un designer cherche à construire la communauté, pas à la diviser.

Un designer est ouvert à la compétitivité

Tout au long de leur carrière, les designers cherchent à apprendre. Cela signifie faire face à ce qu’ils ne connaissent pas. Cela signifie écouter les expériences des autres. Cela signifie qu’il faut accueillir et encourager des personnes issues de milieux et de cultures différents. Cela signifie faire de la place aux personnes que la société a historiquement rejetées. Nous devons faire de la place pour que les voix traditionnellement marginalisées soient entendues dans la profession. La diversité conduit à de meilleurs résultats et solutions. La diversité conduit à un meilleur design.

“Tu ne te tromperas jamais quand tu travailles avec quelqu’un de plus intelligent que toi.” – Tibor Kalman

Un designer garde son ego sous contrôle, sait quand se taire et écouter, est conscient de ses propres préjugés et n’hésite pas à les remettre en question, et se bat pour qu’on entende ceux qui ont été réduits au silence.

Un designer prend le temps pour de l’introspection

Personne ne se réveille un matin en décidant de jeter son code éthique par la fenêtre. C’est un phénomène insidieux et lent. Il s’agit d’une série de petites décisions qui peuvent même sembler être de bonnes décisions au moment où elles sont prises, et avant que vous ne vous en rendiez compte, vous êtes en train de concevoir l’interface UI pour le commerce en ligne d’armes de Walmart.

Prenez le temps de l’introspection tous les mois.. Évaluez les décisions que vous avez prises récemment. Restez-vous fidèle à vos valeurs ? Ou déplacez-vous lentement votre objectif éthique de quelques mètres à la fois avec chaque augmentation ou attribution d’options d’achat d’actions ?

Avez-vous dévié de votre cap ? Corrigez-le. Votre lieu de travail est-il une bouche de l’enfer contraire à l’éthique ? Changez le.

Votre travail est un choix. S’il vous plaît faites-le bien.


Source : Article original de Mike Monteiro 👉A Designer’s Code of Ethics


Traduit de l’anglais par Amandine Guegano, Vincent Faure et Marie Camus —  Use Design Team 

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