L’ère des drones a (officiellement) commencé – partie 1

L’ère des drones a (officiellement) commencé – partie 1

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En 2015, un article dans The Economist nous souhaitait la bienvenue dans la nouvelle ère des drones… Ce titre a raisonné à nouveau pour moi cet été, grâce à la curiosité (un peu inquiète) de ma jeune fille : “Papa, c’est quoi le truc qui vole devant nous ?”
Nous étions en effet en famille à Florence, sur la place Michel-Ange à admirer la vue sur cette ville magnifique, lorsqu’un drone s’est approché de nous.

Et derrière sa question, je me suis rendu compte que malgré mon assurance de façade (un drone de loisir, de passionné de photo, de la police, de quelqu’un de mal intentionné ?), j’étais dans l’incapacité de l’assurer véritablement des fonctions et intentions de cet objet.

En effet, contrairement à notre jeu habituel avec elle et son petit frère, “regarde le camion de pompier et sa grande échelle, le tracteur rouge comme Tonton, le TGV qui passe au loin, l’avion qui décolle pour une destination à deviner, la voiture électrique qu’on entend presque pas…”, ici je ne savais que dire, et prenais donc conscience qu’elle et moi étions bien en présence d’une nouvelle ère d’Objet Volant Non encore Identifié (OVNeI).

Que veut donc dire cette nouvelle ère pour nous autres humains, observateurs et spectateurs de ce nouveau ballet volant ? Comment allons-nous développer nos codes d’identifications pour apprendre à reconnaître ces nouveaux objets, et vivre avec ? Et comment les industriels peuvent-ils et doivent-ils nous y aider ?

Dans cet article, je vous propose de continuer cette réflexion sur l’identification de ces nouveaux objets volants, dans une première partie côté grand public, puis dans une seconde côté professionnels de la gestion du trafic aérien.

Partie 1 – Les drones au quotidien, une histoire d’évolution darwinienne ?

Imaginez-vous dans une jungle il y a 350 millions d’années, dans la peau d’un amphibien…
Je sais cela demande un gros effort de projection 😉 Vous avez évolué – votre espèce – durant des millions d’années et acquis tout ce qu’il vous fallait pour comprendre votre environnement et reconnaître vos congénères et autres espèces, amis ou ennemis. 

Et puis un jour (ou presque) – il y environ 250 millions d’années – les dinosaures ont débarqués !
Vous avez donc dû tout réapprendre : reconnaître leurs différences, leurs comportements, qui étaient les espèces amies (herbivores sympas, mais si gigantesques), et surtout les ennemis, les (très) méchants prédateurs au dents acérées, prêts à vous dévorer en une seule bouchée.

Ce petit brin d’histoire à la Jurassic Park, est malheureusement une réalité d’aujourd’hui : nous humains sommes confrontés à une nouvelle espèce, les drones !!!
Ces nouveaux OVNeI sont parmi nous et nous allons devoir apprendre à les reconnaître pour mieux vivre avec.

Par exemple, dans (presque ?) toutes les villes du monde, être piéton s’avère souvent une expérience ardue tel ce fragile animal dans la jungle entouré de prédateurs. Ces prédateurs ce sont tous les véhicules roulants qui ne sont pas nos égaux en taille, poids et vitesse de déplacement.

Avec le temps, notre temps au travers de notre expérience vécue, et le temps de l’humanité via ce que l’on nous enseigne et recommande, nous savons tous désormais reconnaître chacune de ces typologies de véhicules, de la trottinette au vélo, du scooter à la moto, de la petite voiture au gros 4×4, de la camionnette au camion, de l’ambulance à la voiture de police…

Tous nos sens concourent à cette reconnaissance immédiate qui va nous faire ressentir en sécurité ou en danger. Et ce sont surtout la vue et l’ouïe qui sont mis à contribution :
. par la vue nous savons reconnaître et distinguer les formes, tailles et signifiants visuels de ces véhicules (couleur, signalétique, lumières) ainsi que leur comportement (vitesse, déplacement),
. par l’ouïe, nous augmentons cette reconnaissance de distinction (le bruit du moteur d’une moto n’est pas le même que celui d’une voiture ou d’un camion ; la sirène des pompiers est différente de la sirène d’une ambulance ou de la police…) et de comportement (on reconnaît à la puissance sonore du moteur d’un véhicule s’il accélère ou freine, on entend les pneus crisser lors d’un freinage brusque,…).

Ainsi nous pouvons, en toute maîtrise, adapter nos comportements. Tout « utilisateur » de la ville et de son espace urbain sait de fait :
. traverser au bon moment quand les véhicules freinent au stop et n’accélèrent pas,
. appeler un taxi et non un camion de livraison,
. redoubler d’attention quand on entend une sirène de pompier/ambulance/police,
. monter dans le (bon) bus, et non dans un camion citerne,
. savoir en tant que cycliste, que même si l’on est prioritaire, on ne force pas la priorité devant un camion lancé à pleine vitesse…
Et des centaines d’autres exemples encore, fruit de plus de 100 ans d’évolution des automobiles dans nos vies. Voir des très récents comme la nécessité d’adapter nos comportements avec l’arrivée des trottinettes en libre service, par exemple pour les mals voyants

En dehors des villes et dans d’autres contrées, le stress que j’évoquais pour l’amphibien, est vécu depuis quelques années par les civils habitants dans les zones de conflit – voir ce sujet présenté via l’oeil d’une ONG, d’un philosophe de la guerre (sic), ou du très intéressant ouvrage d’un autre philosophe Grégoire Chamayou “Théorie du Drone” chez La Fabrique éditions -.

Terrés et terrifiés par ces guerres dont ils ne sont que victimes impuissantes, ils sont confrontés au quotidien à la peur des campagnes de surveillance et de bombardements de drones militaires. Ils tentent de s’adapter en devinant leur forme, leur comportement, leur pays d’origine… Mais la menace reste présente et ils continuent à vivre la peur au ventre.

Ce stress, ce danger permanent, n’est à souhaiter à personne, hors c’est désormais notre quotidien, et si l’on peut encore se sentir en sécurité à Florence, qu’en est-il ailleurs ?

Le temps n’est-il pas venu que les industriels fabricants de ces objets, fassent appel au designer pour qu’enfin ces objets soient IDENTIFIABLES ?
Que ce soient par leur affordance formelle, leur couleur, leur signalétique, les solutions sont infinies, pour que demain on puisse nommer la fonction et l’intention de ces objets.

Et donc dans mon exemple, que je puisse répondre à ma fille – voir idéalement qu’elle puisse elle-même y répondre – en reconnaissant dans ce drone :
. un drone de loisir d’un passionné de photos, voir d’un photographe professionnel, qui réalise des prise de vue,
. un drone de livraison (logistique), qui apporte au petit stand un nouveau stock d’objets pour touristes,
. un drone d’opérateur de voyage, qui s’approche d’un touriste pour l’informer que son bus va repartir,
. un drone des services de la ville, qui surveille la fréquentation de la place pour nourrir une base de donnée publique,
. un drone de la police, qui surveille les pickpocket dans ce lieu hautement touristique…

Pour conclure, et vous donner une idée de ce que l’on pourra bientôt vivre dans cette nouvelle ère des drones, voici un graphique très éloquent tiré d’un article sur Blomberg.com de fin 2018, exposant les projections d’Airbus sur le nombre d’appareils volants au dessus (dans) Paris en 2035 :

Oui, vous avez bien lu ! Airbus estime qu’en 2035 il y aura plus de 20 000 vols de drones par heure sur Paris (dont une grande majorité ayant trait à la logistique et la livraison) – contre presque rien actuellement.

Nous avons 15 ans pour nous y habituer…


Patrick Avril — PDG @ Use Design, une agence de design à Paris qui donne vie à des stratégies, des produits digitaux et des services innovants.

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